l'identité à travers l'habitat

 
 
 

auteur : Frédéric Bonnet

parution : Mouvement

Artistes plasticiens, Christophe Berdaguer et Marie Péjus collaborent avec des architectes et des neurologues pour des projets utopiques interrogeant l'identité à travers l'habitat et la pathologie.

Un soir de juillet 1998, on se promène dans la grande allée du jardin Pastré à Marseille. Sur le bas-côté, une voiture, feux de détresse allumés, indique la direction d'un chemin pédestre. Au fil du sentier une luminosité froide, mouvante, de plus en plus intense, de plus en plus crue, semble irradier une partie de la forêt. Une zone de cette forêt, l'épicentre de ce phénomène, se trouve en fait soumise à un violent éclairage stroboscopique. On n'est pourtant pas dans un nightclub, ni non plus en état d'ébriété, et même si l'on tient à rester stoïque, la progression sur ce terrain accidenté est rendue d'autant plus malaisée que les impressions rétiniennes, soumises à ce déferlement lumineux, conduisent à un fort bouleversement de la perception de l'espace et de la façon qu'a le corps de se mouvoir. Les obstacles, s'ils restent définissables, ne sont plus toujours perceptibles au moment opportun, et force est de constater que le corps titube parfois. On croit un moment se trouver dans la forêt de Twin Peaks. On est en fait dans une forêt malade, une Forêt épileptique, que nous donnent à appréhender Christophe Berdaguer & Marie Péjus. Cette oeuvre éphémère interpelle avec simplicité et acuité notre rapport à l'espace et à l'environnement (sans toutefois que celui-ci ne veuille avoir de dimension écologique). Autrement dit, nous voilà confrontés à une forêt malade dont la manifestation pathologique se répercute immédiatement sur notre propre état, sur notre propre corps, et dont le rythme et l'intensité lumineuse sont ceux où peut se produire le déclenchement d'une crise d'épilepsie photosensible chez l'homme.